J’arrête les notifications, ce harcèlement du Web Moderne

On dirait pas comme ça, mais les notifications parasitent nos vies au quotidien. Du moins la mienne. Comme les grèves de la SNCF. Ou comme les piqûres d’insuline des diabétiques.notifications Jarrête les notifications, ce harcèlement du Web Moderne

De l’impolitesse du geek

Il y a peu, on m’a taxé de « geek impoli ». Geek ? Je ne comprenais pas pourquoi. Pourtant, en faisant preuve d’une attention considérable, certaines situations du quotidien m’ont sauté au visage.

J’ai oublié de descendre à la gare de RER parce que quelqu’un a lâché un com’ sur une de mes photos Instagram. J’ai dû laisser passé un cycle de sommeil car j’ai été brutalement expulsé des bras de Morphée par une notification. Je n’ai rien retenu d’une réunion cruciale parce que des friends partageaient mon dernier statut.

Bref, il semblerait que ces petites intrusions sont de la plus grande incorrection pour le commun des mortels. Le regard vide, les traits tirés, la décision est prise. Je reprend d’une main ferme la possession de ma vie. J’arrête les glaces en pot et les notifications. Push ou pas.

L’animal de compagnie

Au départ, on ne peut pas parler d’entrée par effraction. J’étais même plutôt consentant et plein d’affection. J’ai sciemment autorisé ces notifications à débarquer sans crier gare dans mon petit confort. Pourquoi ? Sans doute parce que l’actualité hurlait. Et que faire la sourde oreille à ce bruit revenait à pendre haut et court mon avatar virtuel.

Ce petit animal, il faut le nourrir, le flatter, le brosser pour qu’il ait le poil luisant sur Twitter, pour qu’il parade fièrement sur Klout. Et cette bonne tenue est conditionnée par ce besoin de tout savoir en temps réel, d’être informé immédiatement.

Les notifications se systématisent et finissent par me domestiquer, moi l’esclave des nouvelles technologies. Sidérant de voir qu’une telle vacuité, par le seul micro-événement qu’elle crée sur mon ego digital, me rend accro. Comme si cette actualisation forcenée menait quelque part. Pourtant une notification n’est qu’une promotion de l’anecdotique. Du superflu que l’on placarde et que l’on brandit. Comme le plaqué-or sur les chicots de Lil Wayne.

lil wayne feat Jarrête les notifications, ce harcèlement du Web Moderne

Mon e-personnalité est un Tamagotchi

Au début c’est excitant, ça tient éveillé comme le café. Mais à l’usage les notifications se mue en addiction. Je surveille a chaque minute si un (1) ou même, grande joie, un (2) est venu s’apposer devant mon onglet Facebook. Défoncé à une actualité qui me sollicite en permanence, j’ai l’impression de m’accomplir en rafraîchissant une page web.

Ma vie virtuelle avance de manière significative à mesure que les notifications s’accumulent. Et elle nourrirait presque ma vie réelle sur le principe des vases communicants. C’est un accomplissement quantifiable qui passe à chaque fois une petite couche de brosse à reluire sur l’égo.

Cette constante intervention des notifications concourt en partie à l’incursion du virtuel dans le réel.  Elle en efface grossièrement les frontières.

Avant que les réseaux sociaux soient les réseaux sociaux, le réel irriguait les discussions et les commentaires, orbitant comme le paratexte d’une activité bien concrète. Les notifications procèdent d’une opération inverse, d’un univers « hors-cadre » qui nous retire de nos besognes du quotidien et nous aspire.

Apple annonce une grande « console » qui mutualisera toutes les notifications (Facebook, Twitter, Foursquare, Instagram) dans la prochaine mouture de Mountain Lion. Trop c’est trop. Je raccroche.

tamagotchi Jarrête les notifications, ce harcèlement du Web Moderne

Vous avez (0) notifications

Tel l’accro au crack qui multiplie les séjours en désintox, il ne suffit pas d’être vaguement résolu à arrêter les notifications pour être clean. Il faut faire preuve d’une détermination de tous les instants.

Chaque notification doit être désactivée l’une après l’autre. La liste est interminable. Dans la seule application Facebook, il faut désactiver les notifications liées aux commentaires, aux messages, aux mentions, à l’activité des amis les notifications push, les notifications par mail. Je supprime tout.

A mesure que je décoche les options, j’ai l’impression de me défaire de mes chaînes. A moi la liberté, les grands espaces. L’air du ventilateur sur mon bureau me fouette le visage. Je suis vivant.

Jusqu’à ce que je reçoive un texto pour des rabais sur les forfaits SFR.

Inscrivez-vous à la newsletter de Web & Tech

0 réponses à J’arrête les notifications, ce harcèlement du Web Moderne

Postez un commentaire