J’ai laissé mes données s’envoler vers le Cloud

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Contre-Courant. Toute ressemblance avec de la mauvaise foi caractérisée est fortuite. Cette chronique est tout simplement à Contre-Courant.

Au détour d’une mise à jour anodine, mon iPhone me demandait si je voulais transférer certaines données vers iCloud, mais vite fait bien fait. Bonne pâte, j’avais cliqué sur ok.

L’espace d’un instant, j’ai cru que mes 5 Go de playlist iTunes s’étaient envolés au delà de l’horizon avec mes contacts et mon calendrier.

Mais non, tout était sur mon Macbook et sur mon téléphone. Rassuré, j’entreprenais donc en toute sérénité la vaste dépossession de mes données. Et presque sans m’en rendre compte.

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La demeure des dieux Tech

Le Cloud Computing, c’est en quelque sorte un nuage de données, loin, loin de votre ordinateur. Peu à peu, elles migrent pour être entreposées dans de vastes data center. En 2009, Je me souviens avoir gentiment raillé Onlive, lorsque la firme américaine bricolait comme Géo Trouvetou dans son laboratoire, le contrôle de jeu vidéo à partir de serveurs distants. Une lubie d’informaticiens un peu allumé du cigare, m’étais je dis.

Mais comme ces time-lapse poétiques où l’on voit passé les nuages à toute vitesse, le petit cumulonimbus est devenu stratocumulus, alors que la plupart des net-entreprises y investissent leur avenir. Et quand les services de Cloud s’amoncellent forcément le ciel s’assombrit.

La CS 6 d’Adobe y structurera tout son squelette, Google lance Drive, les services type Dropbox se multiplient, même Sony lance le Playmemories online pour partager ses photos sur tout « l’éco-système » Sony.

Du coup, je partage mes 150 slides de Power point sur Dropbox, ma playlist « dancefloor de la semaine » est hébergée sur iCloud, tout comme le numéro de la fille que j’ai rencontré hier en boite.

Je viens d’ouvrir un Google Drive, au cas où, même si je ne sais pas encore à quoi il va bien pouvoir me servir et je me réjouis à l’avance de partager mes créas photoshopées sur Adobe Creative Cloud. Résultats : mes données sont autant éparpillés qu’avant, sauf que mon disque dur externe ne me sert plus qu’à caler des livres.

Enfoncer le Cloud

Seulement voilà, tous ces services, concourent progressivement à nous déposséder de nos données de manière assez imperceptible. Une mise à jour par ci, des conditions d’utilisations par là… Au final on se retrouve avec un log et un mot de passe pour tout levier.

C’est Richard Stallman, président de la Free Software Fondation qui le dit dans les colonnes de Computer Weekly « Soit les utilisateurs contrôlent le logiciel soit c’est le logiciel qui contrôle les utilisateurs [...] Les administrations qui utilisent le Cloud perdent le contrôle de leur informatique. Un organisme public doit faire des choses pour l’intérêt général. Maintenir le contrôle de son informatique fait partie de sa responsabilité « 

Si cela ne concernait que des informations que les utilisateurs déposent sciemment en leur nom… Mais quand Eric Besson, ministre de l’économie numérique, nous annonce qu’il vient d’investir 75 millions dans un cloud Français pour stocker les données informatiques stratégiques françaises, on est en droit de frisonner un peu.

Même si la timbale a été remportée par Orange et Thalès.

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Le voyageur sans bagages (et sans données)

Enfant, j’avais pour ainsi dire conceptualisé le Cloud. Accrochés fièrement à un ballon d’hélium, je faisais partir quelques mots d’Occident à destination des enfants africains, persuadé que mon message leur arriverait et qu’il les réconforterait. Avec le recul, heureusement qu’il ne les ont jamais reçu.

Comment auraient-ils pris le message d’un enfant de six ans plein de sentimentalisme formaté et de paternalisme post-colonial qui leur tombe d’un vieux caoutchouc crevé ?

Bref, avec le Cloud je n’envoie rien en Afrique. Enfin je crois.

Les données s’évaporent vers des serveurs distants, anonymes, éparpillés, apatrides et nébuleux. Quel recours avons nous concrètement, quelle emprise réelle avons nous sur ces données satellisées, si sous le nuage, l’orage gronde ? J’ai donc ouvert les conditions d’utilisations des différents services par curiosité. Toutes affichent une certaine ambivalence pas très rassurante.

Sur Skydrive de Microsoft, il faut reconnaitre que « Microsoft est suceptible d’utiliser de modifier, d’adapter, de reproduire, de distribuer et d’afficher le contenu publié sur le service. » Google Drive, quant à lui, commence par affirmer que ce qui est à moi et à moi, avant de préciser que, dans le cadre de l’amélioration du service, Google se réserve le droit d’utiliser mes données… Mes données.

Dire que je les ai laissé s’envoler vers le Cloud… je regrette.

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Une réponse à J’ai laissé mes données s’envoler vers le Cloud

  1. PaulCapa 25 octobre 2013 à 12 h 14

    Bonjour,

    Je suis journaliste et je prépare actuellement un reportage pour l’émission Envoyé Spécial (France2) sur les risques liés au stockage de données sur le Cloud.
    Je cherche à être mis en relation avec quelqu’un ayant perdu toutes ses données suite à une erreur de synchronisation ou autre.

    Si cela vous intéresse de témoigner, vous pouvez me contacter à l’adresse suivante : sdocumentaire@capatv.com

    Merci beaucoup !

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